Par Andréas Guyot*
A l’origine, le terme de saligue, en occitan local, désigne le boisement humide des bords du Gave de Pau où abondent les saules. Par extension, il caractérise aujourd’hui l’ensemble de la zone de divagation du Gave, constituée de bancs de graviers, chenaux, bras secondaires, fourrés et boisements inondables. Le lac d’Artix et les saligues sont situés dans les Pyrénées Atlantiques. Ils occupent, de Lescar
à Artix, une zone de 15 km de long sur 400 à 800 m de large, constituant ainsi la plus vaste mais aussi la dernière
zone humide pour les migrateurs avant le franchissement de la chaîne pyrénéenne.
Le lac d’Artix résulte de la construction, en 1957, d’un barrage sur le Gave destiné au refroidissement d’une centrale
thermique. Au fils des ans, le lac s’est en parti comblé sous l’effet des violentes crues du Gave. Une zone humide à protéger La grande diversité et l’originalité de ces milieux humides sont à l’origine d’une fréquentation
remarquable par les oiseaux d’eau et cela toute l’année. Au printemps, les bois humides accueillent une
héronnière importante composée d’aigrettes garzettes (30 couples), de hérons bihoreaux (130-150 couples) et
de hérons garde-bœufs ont été observés aux abords des colonies, laissant peut-être entrevoir une installation prochaine… La présence épisodique quoique de plus en plus fréquente du balbuzard, de la grande aigrette ou de la spatule
vient encore renforcer la valeur déjà remarquable du lac d’Artix. Il coule sur un substrat meuble composé de galets. Son cours, ou lit mineur, très mobile, divague lors des crues
importantes. Le lit majeur, qui correspond à la zone de divagation et d’inondation lors des crues, est occupé par la saligue. On y
trouve de nombreux bras secondaires isolés correspondant à d’anciens cours du Gave, ainsi que des chenaux utilisés pendant les crues.
Ces caractéristiques entraînent une évolution cyclique du milieu et de la végétation. Tout d’abord, le Gave dépose des bancs de graviers
colonisés progressivement par la végétation ; s’installent les plantes pionnières, ensuite des fourrés de saules, aulnes, frênes,
ormes et chêne. Rongée de toutes parts Autrefois, la saligue avait un rôle agricole important : c’était un lieu de pacage pour les animaux. Les paysans
y menaient vaches, moutons, chevaux et porc. Les sous-bois humides étaient entretenus. Les terres environnantes, grâce aux infiltrations,
avaient un haut rendement. Les coupes de bois pour l’hiver entretenaient la saligue. Le surplus de galets servait à construire les
habitations…. Elle avait donc une fonction économique très importante pour les exploitations agricoles familiales riveraines. De plus,
cette zone humide était un régulateur de crues. Les eaux s’y étalaient, parfois même dans les terres environnantes, perdant de la vitesse,
donc leurs capacités destructrices, même si elles modifiaient le cours du Gave. Nous luttons dans l’espoir qu’un jour on considèrera cette zone humide comme un élément vivant de notre environnement, indispensable à la faune et aux équilibres naturels du cours d’eau. * Extrait de « l’oiseau magazine » N° 9, 4ème trimestre 1987 |